Entre les pieux des fondations et les poteaux de l’ossature, il faut des pieds de poteaux. je dirais même plus, Il faut un pied de poteau solide, car il y a entre 3 et 5 tonnes d’appui sur chaque pieu. Il faut aussi qu’il résiste un peu aux contraintes latérales surtout lors du montage de l’ossature. Il faut aussi qu’il soit solidement ancré dans les fondations. Les dimensions sont 30cm*30cm sur 1m de haut. Il faut aussi qu’ils soient insensibles au pourrissement. Nous avons retenu trois options, soit un poteau en béton armé, soit en pierre, soit en granit. Le granit étant hors de prix, on l’a donc rapidement abandonné. Il reste la pierre et le béton armé. Le béton armé, ce n’est pas écologique. Olivier cherche donc une solution en Pierre. J’appelle donc les tailleurs de pierre du Lot. J’ai plusieurs contacts. J’ai téléphoné aussi au gîte de la Maurague . La dame très gentille, me donne un très bon conseil. Surtout faites attention aux lits de la pierre. C’est un principe de base dans le monde de la pierre. La pierre s’est constituée au fil des siècles par des dépots de sédiments qui se sont solidifiés. Il y a des couches empilées les unes sur les autres, ceux sont les fameux lits. Lorsque la charge est perpendiculaire aux lits, pas de souci, c’est du solide, par contre si la charge est dans le sens des lits, la pierre s’ouvre comme un mille feuilles. En l’occurence l’ordre de grandeur de la charge supportée est entre 3 et 5 tonnes. Donc, cela nous concerne bien. Bref, je trouve un tailleur qui peut nous les faire ces 15 pieds de poteaux en 30*30*100. Environ 300kg pièce et environ 4,5 tonnes de pierre au total. Rien que l’organisation du transport et le déchargement est tout un poême. Le transporteur, Trans-Quercy pour ne pas le nommer, doit être relancé 10 fois, ensuite le jour du chargement des pierres, le camion ne vient pas. Entre temps, le prix du transport a doublé, et oui le seul camion dispo est un semi-remorque et c’est plus cher. Autre problème, les "semis" dans le langage du métier, ne peuvent pas venir sur le terrain à cause du chemin d’accès trop pentu. Me voila donc à la recherche d’un transporteur qui a un camion léger, pas un semi, qui peut porter 4,5t avec un haillon pour le déchargement. Presque trouvé ! et non le haillon des camions légers ne supporte que 1 tonne voir 1,5 tonnes. Il faut donc faire 4 pallettes et pas 2 seulement. Ah bon 4 pallettes, mais alors c’est plus cher et oui le double, car le transport est facturé à la pallette. Gloups ! Finalement on trouve la bête rare, la semaine du 14 juillet. Semaine chargée en transport. Ah oui, j’allais oublier que ne trouvant pas de transporteur, j’ai fait tous les loueurs de Toulouse pour louer un camion poids-lourd. Le père Jojo au téléphone : « Allo, vous avez un 15 tonnes pour ce week-end ? » « Oui, vous avez quoi comme permis », « Euh, c’est pas moi qui vais conduire, c’est le mari de la nounou, il conduit des frigoriques de 40 tonnes, alors les 15 tonnes c’est tranquille pour lui » « Attendez, je regarde ... non désolé tout est pris, mais attention ce week-end, je crois que c’est interdit de rouler pour cause de départ en vacances, vous allez avoir du mal, renseignez-vous à la gendarmerie ». La j’ai renoncé à faire le transport par nos propres moyens. Nous n’avons pas encore parlé du déchargement. Pour le déchargement, nous avons une grue sur le chantier, donc, a priori pas de souci, sauf qu’en bout de flêche, la grue ne peut porter que 500kg, donc déchargement pas facile. Tant pis, on tente, ok pour le transport, c’est 4 fois le prix initial, on est rendu à 300 €uros. Pas de location de manitou, on va se débrouiller. Les pierres arrivent à Toulouse, le camion monte la pente, on commence à vouloir décharger à la grue. C’était prévisible, la grue ne peut soulever les pallettes. On allège la pallette, donc à 4 pour soulever un morceau de 300kg, attention les doigts !!
Et là que pasa ? et Bien, Christophe, embauché comme manoeuvre mais aussi maçon tailleur de pierre, lance la phrase qui coupe court à toute discussion : « Certaines pierres sont poilées », oui oui poilées, vous avez bien lu, c’est à dire qu’il y a un fil de faiblesse dans la pierre, une sorte de fissure. Et il finit sa phrase qui entérine le verdict : « Elles sont toutes taillées en délit. »
On voit bien en cliquant sur la photo les lits de la pierre qui ne sont pas perpendiculaires à l’axe du poteau. Cela parait évident, et pourtant ...
Et oui elles sont taillées dans le mauvais sens. C’est trop risqué pour la charge qu’elles vont supporter. On ne peut pas les utiliser. Les boules comme on dit ! 1600€ de pierre et 300€ de transport. Que fait-on ? et bien retour à l’envoyeur, pierre non conforme, marchandise refusée. Voila les 4,5t de pierre qui repartent à Cahors. Furieux, je ne paye pas le transport. Mais le transporteur pas bête, ne rend pas les pierres tant qu’il n’est pas payé. Lui, le tailleur de pierre, est prêt à rembourser si les pierres lui sont livrées. J’ai donc payé le transporteur pour que le tailleur me rende les 1600€. En fait le tailleur ne peut se faire livrer que des morceaux de 45 cm de haut, mais de longueur qu’il souhaite. Malgré la discussion l’explication du besoin et le fait de faire attention aux lits de la pierre, il les a débitées dans l’autre sens. Bon le chantier continu, à la place des pierres on met des boisseaux bétons et on verra si on retrouve des pierres ou si on remplit de béton-armé. Pour l’instant, l’important, c’est que les fondations puissent être fermées et finies pour un séchage pendant les 3 semaines de congés des artisans.
Et pendant le séchage, en plein mois de juillet pour une livraison le 15 août, Olivier cherche d’autres pierres, pour éviter le béton armé. Un peu tétu le garçon. !! Mission impossible ! Et pourtant à force d’acharnement et d’épluchage des tailleurs de pierre, Olivier trouve un tailleur dans le gers qui travaille en Juillet-Aout. C’est un autre Olivier, Olivier CHATIZEL avec son collègue Olivier aussi chez HISTOIRE DE PIERRES à Lavardens dans le Gers. Et hop une nouvelle commande de Pierre de 20*20*100 pour rentrer dans les boisseaux béton.
De la pierre de Vianne, du nom d’un village du Lot-et-garonne où elle est extraite. Les pierres arrivent, un peu moins lourdes, mais quand même. Petite discusion avec les tailleurs très sympas, ils nous donnent des conseils et ne sont pas avares de réponses à nos questions. Bon ils repartent, et la discussion continue entre nous. Et là Xavier et Michaël, m’avouent qu’ils ont un petit doute sur la mise en oeuvre et un gros doute sur les efforts en sisaillement lors du montage de l’ossature. Et oui au montage, si cela force trop, car apparement il y a aussi des efforts latéraux, il y a un risque que le haut de la pierre casse. Bref, ils ne le sentent pas du tout. 2eme Rateaux et 1250 €uros de pierre et 500€ des 2 transports. soit 1750€ qu’il va falloir revendre. Ce fut le 2eme coup dûr.
On fera donc du béton armé pour les pieds de poteaux.
C’est au début que cela fait mal, avec le temps on s’y habitue ... heureusement qu’ils sont petits ...
En cas, j’ai quand même mis un fil de cuivre à l’armature de chaque poteau, pour que les éventuels courants induits soient évacués à la terre. Je ne sais pas si c’est vraiment nécessaire, mais comme cela n’était pas trop contraignant, je n’ai pas hésité. J’ai simplement enroulé en serrant bien du fil de cuivre autour d’une des barres de l’armature. Les puristes, soudent ... Ensuite fermeture du haut de poteau, la tige filetée est la pour maintenir en latéral le poteau bois.
Pour finir le haut des poteaux béton, on a enduit avec du goudron pour faire une barrière d’étancheité. la tige filetée a aussi été enduite, mais si ce n’est pas évident sur la photo ;-)
En voila une saga, on ne s’ennuie pas sur un chantier !!!
Bonjour, je trouve dommage d’avoir remplacé la pierre par du béton, mais j’ai surtout l’impression que vous n’avez pas eu les bons interlocuteurs, et que la pierre reste un matériaux mal connu.
Les roches ont certes des résistances bien différentes entre elles, les calcaires les plus tendre admettent une résistance à la compression d’environ 20 MPa et certaine roche plus dense comme le granit peuvent atteindre et dépasser les 200 MPa. Pour un béton classique on demande 32.5 MPa à 28 jours.
La plupart du temps les pierres posés en délit (en entend que les lits sont parallèle aux efforts de compression) ne pose que peu de problèmes. Il est de toutes façons préférable de consulter la fiche de carrière, qui mentionne : la densité, l’usure au disque, la porosité, la vitesse du son, la résistance à la compression et la résistance aux attaches. Ces données permettent d’estimer ou de minimiser les risques.
Les problèmes de la paille et de la pierre sont sensiblement les mêmes : la pierres est un matériaux vivant et aucun bureau d’étude n’a à ce jour pris le risque de valider le matériaux pierre en tant que structure porteuse. Cependant les cathédrales était là avant les bureaux d’étude, pourtant je vous assure que les descentes de charges sont bien supérieur à celle d’une habitation.
En tous cas bravos d’avoir relevé ce défit constructif, mais aussi de le partager comme vous le faites.
Victorien un tailleur de pierre.
Bonjour,
Oui, peut-être, que nous aurions pu garder les pierres, en tout cas une chose est sure, nous n’avions pas l’expérience suffisante dans ce domaine pour apprécier les risques. Alors voila nous avons fait un autre choix... mais c’est vrai que j’aurais bien aimé utiliser un peu la pierre. Voila encore un exemple où lorsque la peur et/ou l’ignorance sont présentes , il est difficile de mener les bonnes actions....
Merci bien pour votre commentaire. Bonne continuation à vous,
Cordialement, Olivier